Du 21 au 24 octobre 2007, les principaux commerciaux du Groupe ATIC Services assistaient à Coaltrans

COALTRANS, ROME, 21-24 OCTOBRE 2007
Contexte énergétique, place du charbon : opportunités et défis

Le monde a besoin de toutes les formes d'énergie et du charbon en particulier, qui assure aujourd'hui plus du quart des besoins énergétiques mondiaux et produit 40% de la production d'électricité mondiale, voire plus dans certains pays (77% en Chine, 47% en Amérique du Nord). Le développement du marché  charbonnier se confirme face aux contraintes pesant sur les autres combustibles: la demande de charbon s'est accrue de 31% au cours des six dernières années. Les réserves prouvées de charbon sont abondantes (R/P de 150 ans) et bien distribuées dans toutes les régions du monde.
L'industrie répond au défi du charbon propre, en investissant dans des centrales à haut rendement, émettant moins de Nox, Sox et CO2. A plus long terme, les techniques CCS (Carbon Capture and Storage) sont indispensables pour réduire les émissions de CO2. Un nombre important de nouvelles centrales équipées de captage du CO2 est en développement actuellement, la plupart à l'échelle industrielle (275 à 1000 MW) pour une mise en production entre 2011 et 2016.  Par ailleurs le stockage du CO2 est déjà une réalité (1 Mt de CO2/an sont stockées dans le gisement de Sleipner en mer du Nord depuis 1996). Il reste toutefois à assurer la pérennité du stockage sur le long terme et à diminuer le coût du captage.

Marché du charbon à coke : la confiance demeure, les prix flambent
Quel bouleversement en un an : l'année dernière le sentiment était celui d'un marché excédentaire et de prix orientés à la baisse avec des ventes spot à des prix inférieurs aux contrats. L'évolution des taux de change entraînait des baisses encore plus fortes pour les producteurs. L'année 2007 au contraire est marquée par un retournement du marché : les prix spot australien pour le hard coking s' établissent à 160-200 $/t, en hausse de 98$/t.  Les prix contractuels américains sont en hausse de 45% pour 2008 (à 140-145 $/t). Le prix spot du coke chinois atteint maintenant 330-340 $/t FOB (+ 90% depuis décembre 2006) et celui du charbon PCI ULV est à 100$/t, une hausse de 50% par rapport aux prix contractuels de 2007.
Comment expliquer ces hausses : Du côté de la demande, la production d'acier est en plein boom, et les sidérurgistes ont dû reconstruire leurs stocks en 2007, les problèmes d'offre en Russie ont conduit les Européens de l'est à se tourner vers le marché international, l'Inde a accru ses achats de charbon à coke, et la demande mondiale de charbon à injection est forte. Du côté de l'offre, les congestions portuaires en Australie, les problèmes en Russie, aux Etats-Unis et au Canada (mines, réseau ferré) ont réduit l'offre. Ainsi, alors qu'en 2006, le commerce international de charbon à coke avait décru de 3.5 Mt, on s'attend à une hausse de 13.7 Mt en 2007, et de 14.5 Mt en 2008.

Marché du charbon vapeur : très tendu et prix à la hausse
Le marché du charbon vapeur est caractérisé par deux bassins : le Pacifique et l'Atlantique, avec peu d'échanges entre les deux. Traditionnellement, le bassin pacifique était excédentaire et le bassin atlantique déficitaire. Mais en 2007, l'offre des exportateurs traditionnels du bassin pacifique n'est pas suffisante pour assurer la croissance de la demande du bassin et un flux net de l'Atlantique (Afrique du Sud en particulier) vers le Pacifique s'est développé. Le dynamisme de la demande asiatique se renforce et le bassin pacifique va largement dominé le commerce international de charbon vapeur. Selon Total, la demande de charbon vapeur de l'Atlantique pourrait atteindre 250 Mt en 2012 (220 Mt en 2006) ; celle du bassin Pacifique passerait au cours de la même période de 310 Mt à 390 Mt. On peut donc s'attendre à une situation de plus en plus tendue sur le marché atlantique où une partie du charbon sud-africain sera détournée vers le pacifique. Par ailleurs, les charbons exportés à l'avenir sont de moins bonne qualité (PC plus bas) et si l'on effectue une comparaison de l'offre et de la demande internationale non plus en tonnes mais en énergie, on constate que le marché mondial n'est pas équilibré. En conséquence les prix long terme sont orientés à la hausse.
Les principaux exportateurs actuels de charbon (vapeur et à coke) ont exporté 815 Mt en 2006 et pourraient en exporter 1400 Mt à l'horizon 2020-30, selon l'AIE. Se rajouteront de nouveaux pays exportateurs (Mongolie, Mozambique, Vietnam, Bangladesh, Botswana, Nigeria).
A noter que la majorité de l'audience pense que le prix FOB du charbon vapeur s'élèvera à 100 $/t d'ici 2015 et qu'en 2008, le prix moyen FOB RB serait de 77 $/t et le prix CIF zone ARA de 102 $/t.

Marchés des frets : La " dolce vita " ?
La dolce vita, comme l'a rappelé le Président de séance, fait référence à cette époque d'après-guerre, pendant laquelle la croissance économique en Italie, permettait à l'élite italienne une vie douce et pleine d'optimisme en l'avenir. Peut-elle s'appliquer au marché des vraquiers ? Certes oui, si l'on considère que les taux de fret sont actuellement huit fois supérieurs à leur niveau historique. Certainement pas, si l'on regarde les incertitudes pesant sur ce marché dont le retournement est annoncé depuis plusieurs mois, sans se concrétiser, bien au contraire.
Regardons les fondamentaux qui ont amené les taux de fret à ces niveaux historiques : bien sur en tout premier lieu, la demande chinoise en matières premières importées, mais aussi ses exportations records d'acier, des pressions sur le transport des céréales - la production perdue en Australie étant remplacée par celle des Etats-Unis, augmentant les tonnes miles - la forte croissance de la demande de charbon de la zone Asie-Pacifique et celle du transport côtier de charbon en Chine (estimé à 400 Mt en 2007). Du coté de l'offre, des tensions dues à l'accroissement des tonnes miles, des congestions portuaires, des temps d'attente pour la maintenance des navires âgés et plus de ballastage.
Il est intéressant de noter que cette hausse des frets se déroule dans un contexte d'augmentation du prix de toutes les matières premières et que l'on peut observer une corrélation entre hausse du prix de l'acier et des taux de fret…
Que nous réserve l'avenir ?
Si l'on regarde la variation annuelle de l'offre et de la demande en tonnes transportées par les vraquiers, on s'aperçoit que l'offre s'accroît de 165 Mt en 2007 par rapport à 2006, mais l'accroissement annuel de la demande tirée par le minerai de fer et le charbon, dépasse les 225 Mt, dont une large part est due à l'accroissement annuel du transport côtier en Chine…et ceci ne tient pas compte des congestions portuaires. Quand celles-ci sont prises en compte, la disponibilité de la flotte diminue à tel point que la formidable croissance de l'offre ne représente que la moitié de la croissance de la demande.

Un marché aussi haut est-il durable ?
Plusieurs facteurs interviennent en faveur d'une pression à la baisse des taux : la réduction des congestions portuaires en Australie, les niveaux records de livraisons de nouveaux vraquiers en 2007 et 2008, la volonté du gouvernement chinois de limiter ses exportations d'acier et de coke, l'incertitude concernant une possible récession aux Etats-Unis suite à la crise des sub-primes. Mais n'oublions pas les facteurs qui militent en faveur d'une tendance haussière : la demande mondiale soutenue d'acier et de charbon, les capacités accrues d'exportation de minerai de fer brésilien et australien à destination de la Chine, la croissance du transport côtier en Chine, l'Inde qui rentre sur la scène du commerce international de charbon avec des besoins croissants, le commerce de céréales et ses incertitudes.
On attend un niveau record de transport de matières sèches au Q4 2007 et ce n'est qu'après 2008 - voire 2010 -  que l'offre et la demande de vraquiers pourraient s'équilibrer à condition toutefois que le problème des congestions portuaires soit résolu, que la Chine ne devienne pas un importateur important de charbon et que les livraisons attendues de nouveaux vraquiers soient bien au rendez-vous…

Sylvie Cornot Gandolphe, Atic Services