Après les politiques orientées vers le soutien aux débouchés liés à l'abondance des ressources, c'est la question de l'exploitation des forêts qui est posée aujourd'hui.
La forêt comtoise ? 143 millions de m3 de « capital sur pied « (arbre), un accroissement annuel de 5 millions de m3 pour 3 millions récoltés laissant une « capitalisation « de 1,5 million de mètres cubes. A priori pas vraiment de quoi inquiéter. Pourtant la question des ressources forestières et de leur mobilisation est aujourd'hui clairement posée. Et ce pour une raison simple : le secteur anticipe les profondes mutations que le marché devrait connaître à court terme du fait du développement du bois-énergie.
Souvent présentée comme un débouché pour des résidus que personne n'utilisait, la filière a longtemps profité à tout le monde sans déranger personne. Ce n'est plus le cas. D'abord parce qu'avec la multiplication des chaufferies collectives passées d'une quinzaine en 2000 à plus de trois cents en 2008, les producteurs de plaquettes et autres granulés sont de fait d'ores et déjà en concurrence avec les industriels pour l'achat et la transformation du bois dit de trituration. Ce sont d'ailleurs les premiers qui achètent aujourd'hui à des prix intéressants le bois que les fabricants de panneaux n'achètent plus du fait de la crise. Ensuite parce que tout le monde anticipe la réalisation dans les deux années à venir de trois centrales de cogénération fonctionnant à la biomasse (dont celle réalisée par Dalkia sur le site Solvay de Tavaux) qui devrait faire accéder le marché régional du bois-énergie à l'ère industrielle. Philippe Merle, directeur de la Drire (direction régionale de l'industrie de la recherche et de l'environnement), reconnaît d'ailleurs qu'« on va vers une vraie reconfiguration du marché » et que « comme toute période transitoire, elle comportera des tensions » avant de justifier des projets qui, d'une part, présenteraient de bons bilans carbone et des rendements élevés compris entre 65 et 70 % et qui, d'autre part, pousseraient la filière à s'organiser et à exploiter de nouveaux gisements. Quoi qu'il en soit, le prélèvement forestier induit devrait se monter d'ici 2011 à 370 000 tonnes par an dont 270 000 pour les seules forêts comtoises : environ trois fois la consommation régionale actuelle de plaquettes forestières et assez pour que chacun commence à s'interroger sur les capacités à approvisionner localement et de façon compétitive des équipements toujours plus nombreux.
C'est tout l'enjeu des plans d'approvisionnement territoriaux (PAT) initiés par l'union régionale des communes forestières (Uracofor) qui, à terme, devraient permettre de connaître massif par massif, essence par essence, les ressources en bois mobilisables à court, moyen et long terme, leurs conditions d'exploitation et donc leurs coûts. Car l'exploitation du bois a ceci de commun avec celle du pétrole qu'elle commence par exploiter les gisements les plus compétitifs et donc les moins coûteux…
Le Progrès.fr, 29 mars 2009